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L’informatique durable

Digitalisation Le secteur des technologies de l’information et de la communication est pleinement concerné par les problèmes liés au développement durable. En Suisse, certains fournisseurs et utilisateurs commencent à intégrer la dimension écologique dans leurs infrastructures IT. Une démarche qui doit toucher tous les acteurs de la filière, de l’extraction des matières premières à l’utilisation du produit fini.

Thomas Pfefferlé

Lorsque l’on évoque le développement durable, on pense d’abord aux secteurs de l’énergie ou du transport. Pourtant, le domaine de l’informatique s’avère aussi massivement touché par les problèmes écologiques. Il faut dire que la filière de l’IT fait intervenir de nombreux acteurs aux profils variés. Avant même de parler de production mais aussi d’utilisation du matériel informatique, il faut bien sûr s’intéresser à l’extraction des matières premières. En effet, un ordinateur contient une multitude de minerais – cuivre, fer, or, platine ou encore aluminium pour n’en citer que quelques-uns – dont l’extraction se fait souvent dans des conditions de travail catastrophiques et au détriment de l’environnement. Et pour produire ensuite des ordinateurs, une énergie considérable est nécessaire.

Conscients de ces enjeux, les fournisseurs d’infrastructures IT disposent quasiment tous de gammes de produits «verts». Fabriqués en réduisant au mieux l’utilisation de produits nocifs, en favorisant des conditions de production décentes ainsi qu’en améliorant leur durée de vie ou leurs possibilités de réparation, ils ne sont toutefois pas encore mis en avant de manière très visible auprès des consommateurs. Car chez ces derniers, la demande en ordinateurs durables reste encore relativement faible.

Solar panels with wind turbines and electricity pylon at sunset.

«En fait, les premières préoccupations des utilisateurs en matière d’infrastructures IT concernent leurs besoins informatiques et matériels, ils se concentrent sur la puissance de calcul et la capacité de stockage sans se soucier de la dimension écologique », précise Jean-Damien Beaud, fondateur d’e-Durable, une société spécialisée dans l’informatique «verte» et éthique établie à Gland (VD). Pourtant, lorsque les solutions plus durables sont mises en avant, on constate que la plupart des utilisateurs sont prêts à faire évoluer leur choix et à sélectionner un produit plus performant sur le plan environnemental. «Le fournisseur a donc un rôle clé à jouer en proposant à sa clientèle les alternatives les plus respectueuses de l’environnement qui existent sur le marché. En même temps, il est important que les utilisateurs demandent ce type de matériel pour inciter les fournisseurs à les proposer davantage. Peu à peu, je remarque que les consommateurs commencent à émettre des demandes de ce genre, même si c’est surtout en raison des inconvénients pratiques liés au renouvellement constant des leurs appareils.» Car le passage d’un appareil à l’autre s’accompagne toujours de copies, transferts et autres reconfigurations parfois très longues.

On notera aussi que ces produits «verts» sont vendus dans les mêmes prix que les autres. Bien que leur production soit légèrement plus onéreuse, la marge reste toutefois intéressante pour les fabricants.

Informatique durable – Obsolescence programmée

Si utilisateurs et fabricants doivent tous les deux assumer une part de responsabilité dans l’impact écologique du secteur informatique, certaines pratiques des fabricants doivent cependant être plus largement dénoncées et abolies. Car dans le domaine de l’IT, l’obsolescence programmée reste présente dans des proportions inquiétantes. «Loin d’être un mythe, cette démarche concerne surtout les batteries et les cartouches d’imprimantes, explique Jean-Damien Beaud. Il est encore trop fréquent que les fabricants commercialisent des batteries qui possèdent un nombre de cycles de charge efficaces limité. Le problème concerne également les cartouches d’imprimantes. Munies de puces électroniques, certaines deviennent inutilisables alors qu’il reste encore de l’encre à l’intérieur. Ces puces les rendent obsolètes alors qu’elles ne sont pas encore vides!»

Au-delà du consommateur et du fabricant, il faut aussi noter que les normes et réglementations jouent un rôle important. Des mesures imposées par l’Europe permettent déjà de cadrer les pratiques des acteurs de l’IT. Par exemple, la directive européenne RoHS, adoptée depuis plus de dix ans, limite l’utilisation de six substances dangereuses dans la production de matériel informatique. Les fabricants européens n’ont d’ailleurs pas le droit de commercialiser des produits qui ne respectent pas cette directive.

La maintenance évite le gaspillage et permet d’agir sur le cycle de vie

Outre les bonnes pratiques de base consistant à choisir du matériel moins nocif et éco-labellisé, à limiter l’utilisation d’énergie en éteignant son ordinateur le soir et à imprimer de manière plus responsable, l’enjeu majeur à venir reste celui de la gestion et de l’allongement du cycle de vie. On estime en effet que 80% de l’impact écologique du matériel informatique est dû à sa fabrication. Seul 20% concerne son utilisation finale par les utilisateurs.

She's focused on the task at hand

«Certains clients viennent nous voir pour changer d’ordinateur car le leur est perçu comme trop lent ou trop vieux. Mais souvent, un bon nettoyage physique et des programmes permet de retrouver les capacités d’origine de sa machine, ajoute Jean-Damien Beaud. De plus, nous recommandons l’utilisation de logiciels libres qui offrent toutes les fonctionnalités dont les utilisateurs ont besoin pour une utilisation classique en PME par exemple. Et cela sans devoir racheter les dernières versions des programmes utilisés antérieurement.»

Au final, l’accumulation systématique de nombreux gestes du quotidien permet de changer la donne sur le plan global. Une philosophie que tout le monde peut suivre, à l’instar d’e-Durable, qui depuis ses débuts a systématiquement recherché les solutions les plus durables lors de ses achats et sélectionne soigneusement ses fournisseurs pour dépenser chaque franc de manière éthique et écologique.