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Industrie Swissmem : «Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre»

Uncategorized Ces dernières années ont été particulièrement difficiles pour l'industrie Suisse. Philippe Cordonier a pu observer de près ces difficultés: Il est en effet responsable de l’association professionnelle Swissmem pour la Suisse romande. M.Cordonier a évoqué avec nous les enjeux tant passés que futurs de l’industrie, et nous a expliqué pourquoi il convient de rester optimiste malgré un marché tendu.

Miriam Dibsdale

À propos

Ph. Cordonier

Depuis 3 ans et demi, Philippe Cordonier est à la tête du bureau de Swissmem à Lausanne. Il apporte son soutien aux membres de Swissmem en Suisse romande et représente leurs intérêts auprès des autorités publiques locales et régionales ainsi qu’auprès des milieux économiques et des médias.

Philippe Cordonier, comment se porte l’industrie MEM en Suisse?

D’une manière générale, les entreprises subissent une forte pression. Presque deux ans après l’abandon du cours plancher de l’euro par rapport au franc suisse, le choc de la réévaluation du franc suisse reste palpable encore aujourd’hui. Le franc suisse demeure encore largement surévalué, ce qui constitue un frein en particulier pour les PME, qui ne peuvent faire face seules à ce problème. Et je ne parle que des facteurs extérieurs.

Quels sont les facteurs internes?

Il règne une grande insécurité en raison de ce débat interminable concernant le futur de nos relations avec l’Union européenne, la mise en application de l’Initiative contre l’immigration de masse et ses conséquences sur le marché du travail. Le fait est qu’en Suisse, notre branche souffre depuis de nombreuses années d’un manque de collaborateurs qualifiés et c’est pourquoi nous devons faire appel à du personnel étrangers. De nombreuses entreprises s’inquiètent de ce débat.

Quelle est la situation pour les entreprises romandes?

La situation en Suisse romande est encore plus tendue. L’Arc jurassien est le berceau d’une grande partie de l’industrie manufacturière et celle-ci est particulièrement affectée par ces conditions difficiles. Par conséquent, il est essentiel de soutenir ces entreprises du mieux que nous le pouvons.

En tant que responsable de Swissmem pour la Suisse romande, ceci relève de votre domaine de compétences.

Absolument. Depuis désormais trois ans et demi, j’exerce cette fonction et je représente les intérêts d’environ 120 entreprises MEM en Suisse romande. Parmi mes priorités, la première est le suivi des membres. En outre, je souhaite faire connaître nos services auprès de ces entreprises, comme par exemple notre activité de conseil concernant les thématiques et les technologies actuelles. J’ai également pour objectif la mise en avant de l’industrie MEM et de son importance pour la région et la Suisse en général.

Quelles sont les étapes pour atteindre cet objectif ?

D’une part, nous nous appuyons sur une campagne de sensibilisation intensive. D’autre part, nous mettons à profit et nous élargissons notre réseau vers d’autres associations professionnelles, des personnalités politiques ainsi que des chambres de commerce et d’industrie. Ces dernières bénéficient notamment d’un poids important et représentent pour nous un partenaire précieux dans les cantons.

Elles témoignent depuis le début des conditions difficiles rencontrées depuis des années par les entreprises. De quelle manière les entreprises concernées ont-elles évolué ?

Les entreprises ont pris diverses mesures afin de renforcer leur compétitivité. Et ce fut une étape très ardue. À titre d’exemple, les potentiels d’économie ont été exploités le mieux possible et l’efficacité des processus de production notablement améliorée. Et cela concerne également les ressources humaines. Simultanément, les entreprises ont compris qu’elles devaient promouvoir l’innovation afin de pouvoir rester compétitives. Par exemple à l’aide de nouveaux produits et services. Un certain degré d’innovation leur permet de gagner en efficacité dans leur propre fonctionnement. Elles se rendent compte que le secteur n’est pas resté inactif et s’est adapté le mieux possible aux conditions.

La numérisation ainsi que l’industrie 4.0 sont des réalités essentielles pour l’industrie suisse.

3Et c’est à mon avis tout à fait justifié. La numérisation aura une influence considérable sur la manière de produire des entreprises industrielles. En effet, l’industrie 4.0 suppose une chaîne de valeur entièrement connectée à un réseau numérique. Par conséquent, le processus global, de la matière première jusqu’au client final peut être à la fois personnalisé et évolutif. Ainsi, des produits sur mesure ainsi qu’une fabrication «à la demande» seront possibles. Les nouvelles technologies sont indissociables du monde de l’entreprise pour une raison, la flexibilité. Celle-ci est de plus en plus une condition sine qua non pour réussir.

Ceci suppose toutefois que les entreprises comprennent ces technologies.

C’est un fait et à ce titre, l’une des principales missions de Swissmem. Nous devons mettre en exergue le potentiel de la numérisation auprès des secteurs existants de PME. Elles doivent comprendre que cette évolution ne représente pas un inconvénient pour elles, mais au contraire une véritable opportunité à saisir. Je le dis sciemment et clairement: Les entreprises qui insufflent et participent au changement, survivront. Celles qui n’y parviendront pas, courront le risque de se retrouver évincées du marché.

Pensez-vous que le changement va s’opérer avec succès?

Je n’ai aucun doute à ce sujet, je suis optimiste. Les entreprises suisses ont toujours démontré leur force en matière d’innovation et d’ouverture à la nouveauté. Prenez par exemple l’industrie horlogère: Il y a de cela 30 ans, la prophétie connue sous le nom de «crise du quartz» s’abattait sur la Suisse et annonçait la fin des ventes pour les anciens artisans qui fabriquaient des montres mécaniques, au profit des nouvelles montres à quartz. Il s’est alors agi de s’adapter et de se repositionner sur le marché. Nous devons accomplir la même chose. Puisque nous valorisons une qualité élevée, nous disposons des conditions idéales pour atteindre notre objectif. Cependant: Le chantier est gigantesque et le temps presse. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. C’est la raison pour laquelle, Swissmem, en collaboration avec d’autres associations, a lancé l’initiative «Industrie 2025».

De quoi s’agit-il?

Le site internet www.industrie2025.ch doit devenir la référence pour toutes les entreprises recherchant des informations ainsi qu’une assistance en matière de numérisation. Pour l’instant, il s’agit surtout d’une page d’information. Mais la plateforme est destinée à grandir et à évoluer. Elle évoluera presque en même temps que l’industrie, elle mettra en réseau les différents acteurs, annoncera les prochains évènements et regroupera nos services en matière de conseil. C’est très simple: Qui pense industrie 4.0, doit penser simultanément à Industrie2025.ch.